a leading, independent classical record label

The Fitzwilliam Virginal Book
Transcriptions for a mixed consort

 

Charivari Agréable

Susanne Heinrich - Viols
Lynda Sayce - Flute & Lute
Kah-Ming Ng - Keyboards

with

Rupert Jennings - Tenor
Oliver Webber - Violin
Susanna Pell - Bass Viols
Reiko Ichise - Bass Viols
Jacob Heringman - Cittern & Lute


"an inspired concept...outstanding in every respect"

BBC Music Magazine (Disc of the Month)

   

       

   



Commentaire

Le Fitzwilliam Virginal Book, ainsi nommé parce qu'il est conservé aujourd'hui au Fitzwilliam Museum de Cambridge, fut réalisé par Francis Tregian fils (1574?-1618) pendant les dix dernières années de sa vie. La légende apocryphe voudrait que les morceaux qui composent le recueil aient été rassemblés alors que Tregian était prisonnier à la Tour de Londres. Quelle que soit sa genèse, The Fitzwilliam Virginal Book représente un des trésors de notre héritage musical. Le recueil, qui contient 247 pièces en 220 folios, est de la première importance aussi bien par son ampleur que par sa qualité. On y trouve presque tous les grands compositeurs pour instruments à clavier entre 1550 et 1620, et le grand nombre de pièces nous fournit une source essentielle de l'oeuvre, par exemple, de John Bull, William Byrd, Giles Farnaby et Peter Philips. Il s'agit en majorité de musique anglaise mais il y a quelques exceptions-des morceaux de Philips écrits aux Pays Bas, des pièces de Sweelinck et une toccata de Giovanni Picchi, que Tregian a trouvé sans doute d'une très grande modernité. 

Beaucoup de ces pièces, comme on pouvait s'y attendre, sont des démonstrations de virtuosité pour instruments à clavier : des pavanes, des gaillardes et des almains, des arrangements de madrigaux, des variations, des morceaux librement composés tels que préludes et fantaisies, ou bien des compositions intellectuelles reposant sur le plain-chant ou le cantus firmus hexacordal. D'autres pièces sont de simples arrangements d'oeuvres faisant partie d'un héritage musical commun, qui se jouaient sous maintes formes sur la plupart des instruments ou ensembles d'instruments. Nous avons transcrit des pièces pour clavier en pièces pour d'autres instruments en vogue à l'époque où le manuscrit fut rassemblé; ceux-ci nous sont connus par des sources contemporaines ou bien nous sont suggérés par les représentations d'ensembles musicaux dans la peinture de l'époque.

On trouve dans le Fitzwilliam plusieurs exemples du procédé courant chez les compositeurs de cette période qui consiste à arranger les pièces d'autres compositeurs. Ainsi l'Amarilli de Philips est un arrangement d'Amarilli mia bella de Giulio Caccini, chanteur, compositeur et luthiste romain qui passa la plupart de sa vie à Florence, où il apporta une contribution importante au développement de l'opéra. L'Amarilli fut son oeuvre la plus célèbre, publiée dans sa Nuove Musiche (Florence, 1601) et très vite répandue dans toute l'Europe. O Mistress Mine fut à l'origine une simple chanson de Thomas
Morley ; l'interprétation que nous présentons ici suit un arrangement pour instrument à clavier d'après William Byrd, avec reprises de la partie vocale et du texte de Morley.

En outre, ce manuscrit nous fournit la possibilité d'approfondir notre connaissance des airs de ballades pour lesquels la musique anglaise est si justement renommée. Le chevauchement entre ce répertoire et celui pour solo ou duo de luths, ensemble de violes ou ensemble mixte, est considérable. La plupart de ces airs auraient été chantés à l'origine avec un accompagnement des plus simples, mais dans le Fitzwilliam on les retrouve avec des variations virtuoses, parmi lesquelles celles de Byrd sur la ballade délicatement lyrique Walsingham, et les variations sur Daphné de Farnaby, étonnantes de rythmes extrèmement divers. Les variations de ce dernier, plus contrapuntiques, sur Loth to Depart, nous font penser à la sonorité du grand solo pour luth de John Dowland sur le même air, que nous avons arrangé ici pour duo de luths, vecteur très populaire de la musique de chambre de cette époque. Lord Zouche's Mask et Up Tails All sont des airs plus gais ; il existe de nombreux arrangements, en particulier pour luth et pour concert mixte. Les variations de William Inglott sur The Leaves bee greene tissent des fils contrapuntiques autour des formulations en différentes octaves de cette mélodie plaintive, rappelant la version pour ensemble instrumentiste de Byrd où les instruments se transmettent la mélodie. D'un sujet analogue, The Fall of the Leafe est une des quatre pièces pour virginal qui nous restent de Martin Peerson, compositeur prolifique de chansons et de motets.

Rowland est le titre hollandais d'un morceau mieux connu en Angleterre sous le nom My Lord Willoughby's Welcome Home, un air joyeux et triomphal composé pour féter le retour de Peregrine Bertie, onzième Baron Willoughby de Eresby, de la guerre aux Pays-Bas. Un arrangement pour deux luths en est bien connu ; sur cet enregistrement nous le présentons avec un jeu d'accords 'à la lyre' sur deux violes de gambe, à la manière des duos de Tobias Hume. Nous avons traité de la même façon un Alman anonyme au sujet similaire.

La danse, tout particulièrement la pavane et la gaillarde, fut une forme centrale de la musique Élisabéthaine. Les compositeurs en écrivaient souvent deux, aux thèmes connexes: la pavane majestueuse en mesure binaire suivie d'une gaillarde vive à trois temps. Une Pavane et Gaillarde de William Byrd est arrangée ici pour instruments à cordes et luth, à la manière de la Lachrymae de John Dowland, imprimée en 1604. Le luth joue essentiellement une partition réduite de chaque partie, en rajoutant des divisions sur les reprises.

Il n'y a pas beaucoup de pièces d'Orlando Gibbons dans The Fitzwilliam Virginal Book, mais nous y trouvons une version de son morceau le plus célèbre, The Lord of Salisbury his Pavan. Le manuscrit comporte un texte inhabituel mais parfaitement cohérent de cette oeuvre, que nous avons suivi plutôt que de le modifier pour le mettre en accord avec les autres sources. La pavane est jouée ici sur un luth, en suivant l'exemple du grand luthiste Francis Cutting qui arrangeait pour son instrument beaucoup d'oeuvres pour instruments à clavier.

La pièce programmatique de Bull, The King's Hunt, nous a paru demander un arrangement pour ensemble mixte haut en couleurs; pour ce morceau et le folklorique Gipseis' Round de Byrd, nous avons profité de la coloration rustique offerte par l'association de flûte, violon et citterne aux violes de gambe, luth et clavier. On retrouve Bull dans une autre pièce bien différente; sa fantaisie Ut re mi fa sol la est basée sur l'hexacorde, une série de six degrés diatoniques, qui monte et descend tout au long de la pièce. Non seulement Bull y tisse un contrepoint bien serré de quatre parties, mais encore il élabore une composition d'une très grande complexité en exploitant d'abord les possibilités de mutation par une transposition de l'hexacorde, ce qui mène à une série de tons barbares. Une fois ces possibilités épuisées, Bull revient au point de départ mélodique pour commencer une nouvelle exploration de rythmes. Cette partie extrèmement complexe de la fantaisie demande aux instruments de jouer à un certain moment chacun à une mesure différente. Cette pièce mérite bien sa signature 'Doctor Bull'!

Le Praeludium Toccata de Sweelinck semblait être la moins anglaise des pièces de notre programme, et nous l'avons donc arrangé d'une manière différente. En adaptant ses divisions pour viole de gambe dans un style 'viola bastarda' qui s'étend sur tous les registres de l'instrument, avec un accompagnement très simple au théorbe, nous avons imaginé pour cette musique si insolite pour les Anglais de l'époque de Tregian un traitement tout aussi insolite.

Lynda Sayce, 1999

L'image d'un pauvre copiste désoeuvré, incarcéré pour ses idées réfractaires, et qui transcrivait des pièces pour faire passer le temps, n'est pas vraiment crédible. La famille Tregian était très bien apparentée, fière de ses liens avec les maisons d'Arundel, de Stourton, de Stanley et de Grey. Francis Tregian père avait tous les attributs d'un catholique conservateur de Cornouailles, préférant obstinément l'emprisonnement au compromis. Même s'il est vrai que les terres de Tregian fils furent saisies, sa pauvreté fut toute relative, résultant des troubles de l'époque et de la volonté ultérieure des catholiques de faire de lui un martyr. Il faut comprendre sa dette de 200 livres envers la prison dans le contexte des conditions affreuses qui étaient alors d'usage dans les pénitentiers: les détenus en étaient parfois réduits à protester en refusant de payer la pension, certains accumulant des arriérés beaucoup plus grands que celui de Tregian. Par contre, on permettait souvent aux prisonniers une mise en liberté provisoire sous caution. Pour que Tregian ait pu avoir accès aux sources musicales considérables nécessaires pour faire sa collection de pièces virtuoses, il doit avoir joui au moins d'une sécurité pécuniaire relative et d'une certaine liberté.

Même s'il est possible d'attribuer à Tregian seulement la compilation de cette collection, sans qu'il en ait été le copiste, on y reconnait sans aucune doute l'empreinte d'une érudition judicieuse, consciente des développements les plus récents de la musique européenne. A travers cet enregistrement, nous espérons faire apparaître l'étendue et la variété du Fitzwilliam Virginal Book, ainsi que l'esprit ouvert et tourné vers l'avenir de la sélection de Tregian. En procédant de la sorte, charivari agréable est resté fidèle à sa tradition d'adaptation et d'arrangement, en suivant l'inspiration authentique que suscitent certaines pièces, et en apportant à d'autres un traitement innovateur, tout en restant dans les limites des usages d'interprétation de l'époque.

Kah-Ming Ng, 1999

Textes Chantés

[3] O Mystress Myne

O mistress mine where are you roaming?
O stay and hear your true love's coming
That can sing both high and low.
Trip no further pretty sweeting,
Journeys end in lovers meeting,
Every wise man's son doth know.
What is love, 'tis not hereafter
Present mirth hath present laughter.
What's to come is still unsure
In delay there is no plenty
So come kiss me sweet and twenty,
Youth's a stuff will not endure.

Ô ma maîtresse, où t'en vas-tu ? Ô attends
et prête l'oreille aux pas de ton bien aimé
Qui peut chanter d'une voix douce ou forte,
Ne vas pas plus loin, Ô toi si douce,
La réunion des amants marque la fin du voyage.
Tout fils d'homme sage sait bien
Ce que c'est que l'amour, ce n'est pas chose à remettre à plus tard
Le seul bonheur est le plaisir auquel on s'adonne dans l'instant
L'avenir est toujours si incertain,
Rien ne sert de tarir ; Viens donc m'embrasser,
douce créature de vingt ans
La jeunesse est un don que ne dure pas.

[8] Daphne

When Daphne from faire Phoebus did flie,
the West winde most sweetly did blow in her face.
Her silken scarf scarce shaddowed her eyes, 
the God cried, O pitie, and held her in chace.
Stay Nimph, cryes Apollo,
Tarry and turn thee, sweet Nimph stay.
Lion nor Tyger doth thee follow,
Turne thy faire eyes and look this way.
O turne O prettie sweet
And let our red lips meet:
Pittie, O Daphne, O pitty me.

Lorsque Daphné tenta d'échapper au beau Phébus,
Le vent d'ouest caressa son visage
avec une grande douceur.
Son écharpe de soie lui voilait à peine les yeux,
Le Dieu cria, Ô pitié, et continua sa poursuite.
Attends Nymphe, s'exclama Apollon,
Demeure et retourne-toi, attends douce Nymphe.
Aucun lion ni aucun tigre ne te poursuit,
Tourne tes beaux yeux et regarde de mon côté.
Ô tourne-toi, Ô douce et belle
Que nos lèvres rouges se rejoignent.
Aie pitié, Ô Daphné, aie pitié de moi.

[17] Amarilli di Julio Romano

Amarilli mia bella 
Non credi o del mio cor dolce desio
D'esser tu l'amor mio?

Credilo pur e se timor t'assale
Prendi questo mio strale
Aprim'il petto 
e vedrai scritto in core,
Amarilli è'l mio amore.

Credilo pur e se timor t'assale
Dubitar non ti vale
Aprim'il petto 
e vedrai scritto in core,
Amarilli è'l mio amore.

Mon Amarilli délicieuse
Ne sais-tu pas doux désir de mon cœur
Que tu es mon amour?

Je te prie de le croire et si la peur te saisit
Prends ceci ma flèche
Ouvre ma poitrine
Et tu verras écrit sur mon cœur que 
Amarilli est mon amour

Je te prie de le croire et si la peur te saisit
Et que le doute te ronge
Ouvre ma poitrine
Et tu verras écrit sur mon cœur que 
Amarilli est mon amour

 

 

 
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Credits
Charivari Agréable
 
Release date: 1st September 1999
Order code: SIGCD009
Barcode: 635212000922
 
 
 
1 William Byrd - Walsingham [5:52]
2 Giles Farnaby - Loth to depart [3:43]
3 Thomas Morley (arr. William Byrd) - O Mystress Myne [4:16]
4 Giles Farnaby - Lord Zouches Maske [2:27]
5 John Bull - Ut re mi fa sol la [5:33]
6 William Byrd - Pavana [4:04]
7 William Byrd - Galiarda [1:22]
8 Giles Farnaby - Daphne [5:16]
9 Giles Farnaby - Up [T]ails All [5:17]
10 William Inglott - The Leaves bee greene [3:35]
11 Martin Peerson - The Fall of the Leafe [1:11]
12 John Bull - The King's Hunt [3:50]
13 Orlando Gibbons - The Lord of Salisbury his Pavan [6:13]
14 William Byrd - Rowland [2:18]
15 Anonymous - Alman [1:44]
16 Jan Pieterszoon Sweelinck - Praeludium Toccata [5:50]
17 Peter Philips - Amarilli di Julio Romano [3:26]
18 William Byrd - Gipseis Round [3:25]
 
Total running time: [70:17]