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Thomas
Tallis: The Complete Works
Chapelle du Roi
Toutes les oeuvres de Thomas Tallis qui figurent dans cet enregistrement datent probablement du règne de Marie Tudor (1553—8), époque durant laquelle la musique pour le rite latin a connu une dernière période de faveur. Elles incluent ses créations les plus ambitieuses dans deux formes traditionnelles—la messe cyclique Puer natus est nobis et l’antienne votive Gaude gloriosa—ainsi que le motet occasionnel Suscipe quaeso et le motet de psaume Beati immaculati. Rien dans les premières années de la carrière de Tallis ne laisse à penser qu’il était destiné à atteindre le sommet de sa profession. Cependant, à peine plus de 10 ans séparent son premier emploi musical connu, à un poste des plus humbles, de son dernier, le plus prestigieux auquel il était alors possible d’aspirer. En 1532, il était organiste du petit prieuré bénédictin de Douvres—un emploi incontestablement des plus modestes. Cinq ans plus tard, on le retrouve à Londres, où il occupe un emploi d’organiste ou de choriste dans l’église paroissiale de St Marie-at-Hill, qui jouissait alors d’une excellente réputation musicale. En 1538, il abandonne Londres afin de jouir de la sécurité d’un emploi permanent dans le choeur de la Chapelle de la Vierge (Lady Chapel choir) de l’abbaye augustinienne de la Sainte Croix (Holy Cross) à Waltham, dans le comté d’Essex. Cependant, la dissolution de l’abbaye en mars 1540 le laisse à nouveau sans emploi. Au printemps de 1540, les perspectives professionnelles pour un musicien d’église sans emploi ne pouvaient guère sembler prometteuses, mais Tallis était en fait sur le point d’obtenir un engagement qui peut être considéré comme le plus significatif de sa carrière. Quinze jours seulement après la dissolution de l’abbaye de Waltham, la cathédrale de Cantorbéry cessait elle-même d’être un monastère bénédictin; dans le cadre de sa réorganisation elle se vit dotée d’un doyen séculier et d’un chapitre, ainsi que d’un choeur plus nombreux (dix garçons et douze hommes) et plus digne du statut d’une cathédrale devenue le fons et origo d’une église nationale. Tallis obtint dans le courant de l’été 1540 un engagement dans le nouveau choeur, dont il demeura l’un des membres doyens pendant deux ou trois ans. Ces années ont dû être mouvementées, non seulement du fait des exigences professionnelles résultant du besoin de mettre en place rapidement un répertoire vaste et impressionnant, mais aussi en conséquence des conflits acerbes qui opposaient alors les dignitaires conservateurs de la cathédrale et leur archevêque partisan des réformes, Thomas Cranmer. Il est possible que ce soit grâce à l’intercession de Cranmer, qui était le conseiller le plus écouté par le roi au cours de ses années de déclin, que Tallis obtint un emploi dans la chapelle de la maison royale; la date exacte de cette nomination n’est pas connue, mais son nom apparaît vers le milieu d’une liste des ‘gentlemen’ (ou chanteurs) de la chapelle, dans le registre des subsides séculiers de 1543/4. Il devait en fait rester un ‘gentleman’ de la chapelle tout le reste de sa vie, s’élevant peu à peu jusqu’au rang de doyen incontesté. Il est possible qu’il ait occupé la position d’organiste de la chapelle dès sa nomination, mais il n’existe aucun document qui lui attribue cette fonction avant les années 1570. En plus de ses fonctions d’organiste, Tallis faisait probablement office de compositeur au cours de ses premières années à la chapelle de la maison royale. Et il s’agissait là d’une responsabilité importante, car la chapelle avait sans doute pour fonction de fournir un modèle de la manière dont la politique gouvernementale en matière de culte devait être interprétée en pratique. Tallis et ses confrères de la chapelle de la maison royale devaient donc faire face à une tâche difficile. Les bouleversements religieux des années 1540 et 1550 ne permettaient plus aux compositeurs de musique d’église de travailler dans l’atmosphère de sérénité et de stabilité qui avait prévalu jusqu'en 1530 environ. En moins de 20 ans, la religion nationale avait connu quatre bouleversements. Les compositeurs étaient requis de répondre non seulement aux changements de langue et de liturgie que ces vacillations politiques avaient imposés, mais de donner aussi une expression successive à des conceptions radicalement différentes de la fonction de la musique dans le culte. Les traditionalistes désiraient que la musique joue un rôle prééminent par la mise en musique de textes liturgiques aussi bien que non liturgiques; la virtuosité des interprétations comme le caractère élaboré de la musique constituaient en soi une forme de louange adressée à Dieu et peut-être capable de contribuer à persuader les saints d’intercéder en faveur des âmes du purgatoire. Les réformateurs considéraient la musique comme une distraction susceptible d’obscurcir la fonction du culte, de rendre inintelligibles les mots du texte, et ils déploraient son association avec des textes dont les origines, ainsi que les sentiments et intentions qu’ils représentaient, étaient très clairement étrangers à l’esprit des écritures. Il n’est pas toujours facile de déterminer la date de composition exacte des oeuvres écrites vers le milieu du siècle. Il n’est pas possible d’assigner simplement la mise en musique de textes en anglais aux règnes des souverains protestants, Edouard et Elisabeth, et la mise en musique de textes latins à ceux des souverains catholiques, Henri et Marie. Des traductions en anglais des textes de la liturgie latine étaient déjà entreprises pendant les dernières années du règne de Henri, et certains de ces textes, comme la traduction par Cranmer de la Litanie (1544), furent mis en musique. Par contre, l’accession au trône d’un souverain protestant ne signifiait pas automatiquement un abandon de tous les textes en latin. Le latin demeurait après tout la langue internationale officielle de la diplomatie et de la vie intellectuelle, et Edouard comme Elisabeth le parlaient couramment. Même s’il n’était pas considéré comme propre à constituer la langue du culte, le latin demeurait un véhicule adéquat pour la composition de pièces de circonstances destinées à être interprétées devant un public capable de le comprendre. Au cours des premières années du règne d’Elisabeth, il s’est même fait une version latine du livre de prières anglais. Publiée en 1560, la traduction de Walter Haddon était destinée à être utilisée dans les universités et les écoles privées; elle semble cependant n’avoir connu qu’un succès très modeste, bien qu’il soit possible qu’elle ait été utilisée à la cour. Quand on considère les défauts de caractère manifestes des divers souverains Tudor, ce n’est guère louer Marie que de déclarer qu’elle était la meilleure d’entre eux. En fait, c’est lui faire une sorte d’injustice, car si les circonstances l’avaient permis, son courage, sa loyauté et sa piété lui auraient sans doute valu le même respect dont a joui plus tard son homonyme Marie II, fille de Jacques II et femme de Guillaume d’Orange. Son destin tragique aura été de rendre à tout jamais ses ambitions irréalisables en commettant une seule erreur politique catastrophique. Sa réputation dans le public reflète aujourd’hui encore l’influence de plusieurs siècles de calomnie protestante, tandis que son père Henri VIII—un cynique au tempérament tyrannique et dont la vanité extraordinaire n’avait d’égale que sa totale incompétence politique—continue à être idéalisé. Si jamais un monarque a mérité l’épithète ‘sanglant’ (bloody), c’est bien Henri et non Marie. L’enfance de Marie semble avoir été heureuse. Survenant à la suite de plusieurs grossesses interrompues, sa naissance en 1516 dut être accueillie avec joie par Henri et sa première femme Katherine d’Aragon, qui étaient alors encore suffisamment jeunes pour être en droit d’espérer la naissance d’un fils qui hériterait du trône. Cependant, l’atmosphère s’assombrit rapidement pendant les première années de l’adolescence de Marie. La longue attente d’un héritier mâle avait finalement été déçue, et Katherine arrivant à un âge qui rendait improbable la perspective d’une nouvelle naissance, Henri décida qu’il lui était nécessaire de se remarier. La diplomatie du cardinal Wolsey n’ayant pas réussi à convaincre le pape Clément VII d’annuler le mariage du roi avec Katherine (le pape était en fait à cette époque le prisonnier de Charles V, neveu de Katherine), Henri répudia l’autorité du pape, nationalisa l’église anglaise et fit décréter un divorce par l’intermédiaire de l’archevêque à sa solde Thomas Cranmer. L’antipathie qu’il avait professée antérieurement à l’égard du protestantisme (le titre de ‘Défenseur de la foi’, qui est encore porté par les monarques anglais, lui avait été décerné par le pape Léon X en reconnaissance de son opposition au Luthéranisme) céda peu à peu à une tolérance circonspecte ayant pour fin de lui assurer un soutien dans le traitement qu’il imposait à l’église. Pratiquement jusqu’à la fin de son règne, à l’exception d’une courte période à la fin des années 1530 durant laquelle Henri sembla faire retour à une position catholique conventionnelle, l’église anglicane ne cessa de dériver toujours plus vers le protestantisme. Les gangsters qui régnèrent sur l’Angleterre au nom du roi Edouard VI (1547—53) pendant sa minorité accélérèrent ce mouvement national de conversion graduelle au protestantisme, remplaçant en 1549 le rite latin par le Premier livre de prière commune (First Book of Common Prayer), d’inspiration encore conservatrice, puis introduisant en 1552 le Deuxième livre (Second Book) d’inspiration nettement plus radicale. Pour Marie, ces événements durent être traumatiques. Voir sa mère répudiée par son père et se voir elle-même déclarée enfant illégitime durent la laisser meurtrie et profondément troublée, et c’est avec un profond désarroi que cette jeune femme qui avait hérité de sa mère espagnole une dévotion entière à l’égard de la religion conventionnelle dut assister à l’évolution par laquelle l’église de son enfance renonça à sa loyauté envers Rome et à son orthodoxie. Pendant vingt ans, elle se comporta avec consistance et circonspection, ne déviant jamais de la foi dans laquelle elle avait été élevée. Ce ne fut qu’avec la plus grande difficulté et lorsqu’elle se sentit menacée par la perspective d’une exécution imminente, qu’elle se laissa persuader de reconnaître la suprématie de son père sur l’église. Pendant le règne d’Edouard, elle vécut retirée du monde, soucieuse d’éviter de donner à ceux qui étaient alors au gouvernement la moindre excuse de persécution. La seule chose à faire était d’attendre; une clause du testament de son père prévoyait que dans le cas où Edouard mourrait sans enfant—un événement qui s’annonçait comme de plus en plus probable—elle deviendrait reine. A la mort d’Edouard, en juillet 1553, lorsque le Duc de Northumberland essaya de sauvegarder le régime protestant en plaçant Lady Jane Grey sur le trône, Marie fit montre de courage et d’esprit de décision, en annonçant son accession et en entrant dans Londres à la tête de ses partisans. Elle y fut bien accueillie, comme une souveraine adulte qui ne serait pas un simple jouet à la merci des cabales dans une régence vouée à la lutte entre les factions, et comme garante de la vieille foi qui bénéficiait toujours de la loyauté de la majorité de la population. Une fois reine, Marie entreprit d’annuler les conséquences de la politique religieuse des vingt dernières années. Elle abandonna la suprématie royale et reconnut à nouveau l’autorité du pape; elle restaura également le rite latin. Il est intéressant de noter qu’un très grand nombre de missels de la liturgie de l’évêché de Salisbury, dont il avait été décrété qu’ils devaient être remis aux fonctionnaires de Edouard VI afin d’être détruits, refirent alors leur apparition, émergeant de leur cachette, et furent réutilisés, comme si leurs propriétaires n’avaient pas pu croire ou pas souhaité que l’orientation protestante des règnes précédants ne constitue un tournant permanent. Cependant, certains des changements étaient irréversibles; la redistribution massive des terres qui avait suivi la dissolution des monastères rendait impossible toute restauration sur une grande échelle, et en conséquence, seul un petit nombre d’institutions, y compris St Peter à Westminster, furent rétablis. Tout indique que, dans sa phase initiale, la politique religieuse de Marie ne rencontra pas d’opposition importante auprès de la grande majorité de ses sujets; son erreur fatale fut d’épouser Philippe II d’Espagne. Son souci de donner naissance à un héritier qui bloque l’accès au trône de sa demi-soeur protestante, Elisabeth, est compréhensible, et son choix de l’Espagne comme allié dans la lutte contre l’ennemi commun, la France, semblait raisonnable, mais elle sous-estima gravement la xénophobie anglaise ainsi que le tempérament fanatique et la froideur de son mari. Après le mariage, en juillet 1554, Philippe séjourna plusieurs mois en Angleterre, mais offensé par le refus du Parlement de lui décerner le titre de roi à part entière, il quitta le pays pour ne jamais y revenir. Les dernières années de Marie furent marquées par la détresse et une isolation grandissante: son espoir de donner naissance à un héritier fut cruellement déçu; son mari absent l’incitait à mettre en oeuvre une politique d’intolérance religieuse qui donna lieu à une opposition de plus en plus marquée; l’alliance détestée avec l’Espagne valut à l’Angleterre de perdre ses dernières possessions en France. A sa mort, en novembre 1558, Marie savait qu’Elisabeth allait détruire tout ce qui avait fait l’ambition de sa vie. La restauration du rite latin reçut probablement un accueil favorable auprès des musiciens de la chapelle de la vierge (Mary’s chapel)—au moins auprès de ceux d’entre eux qui n’avaient pas de fortes convictions protestantes—parce qu’il signifiait le retour à une musique plus substantielle et plus intéressante que celle qui avait été cultivée durant le règne d’Edouard. Rien n’était plus facile que de revenir aux formes musicales—antiennes votives, Magnificat, Messe de fête, répons—qui étaient en vogue avant l’introduction du Livre de la prière commune. L’attachement émotionnel de Marie à l’univers religieux de son enfance semble avoir encouragé les compositeurs à produire des oeuvres d’une grandeur évocatrice des années 1520, bien que le style de ces oeuvres reflète les développements plus récents. Ainsi, la musique destinée à la liturgie restaurée de l’évêché de Salisbury et composée par Tallis, John Sheppard, William Mundy, Robert Parsons et Robert Whyte, et qui est pour la plupart à cinq, six voix ou plus, musique conçue sur une grande échelle, est écrite dans un style ornementé et marquée par une grande exubérance rythmique. Elle est cependant étroitement basée sur l’imitation, le contraste de texture et la clarté de la déclamation. Si ces dernières caractéristiques semblent suggérer une influence continentale, celle-ci a peut-être pu s’exercer par l’intermédiaire de la présence en Angleterre de la chapelle royale espagnole pendant la visite nuptiale de Philippe II. La messe à sept voix de Tallis Puer natus est nobis est basée sur l’introït du plain-chant de la troisième messe de Noël, conçue comme un cantus firmus à longue note dans la partie du ténor. Le choix d’un cantus firmus de plain-chant tiré de la messe plutôt que de l’office est des plus inhabituels, et ce type de traitement était archaïque vers le milieu du seizième siècle. Le choix du cantus firmus—‘Un garçon nous est né, et un fils nous est donné à nous dont le gouvernement pèsera sur ses épaules’—et son arrangement dans le style de la messe de fête anglaise, deviennent au contraire naturels si l’on suppose que l’oeuvre a été écrite pour être interprétée à l’occasion de la Noël de 1554, époque à laquelle tout le monde était persuadé que Marie allait donner naissance à un héritier. La composition inhabituelle pour interprétation par deux altos, deux ténors, un baryton et deux voix de basse suggère peut-être que le choeur de la chapelle de Philippe, à qui les sopranos faisaient évidemment défaut, prit part à l’interprétation. La messe est écrite dans un curieux mélange de styles; le recours au cantus firmus constituait alors une pratique démodée, mais l’écriture chorale maintient la plénitude uniforme de la texture vocale, et elle se distingue par l’absence de sections interprétées par un nombre réduit de voix qui était jusqu’alors typique de la musique d’église anglaise; et si le chant de plusieurs notes sur une seule syllabe, les décorations vocales et les sonorités massives évoquent peut-être le passé, la sobriété de l’écriture imitative et le développement de motifs courts sont tout à fait modernes. Bien que trois morceaux de la messe aient été connus depuis de longues années, l’oeuvre n’a pu être à nouveau interprétable qu’après la découverte de nouvelles sources manuscrites il y a de cela 20 ans environ. Le Gloria est maintenant complet, et une restauration minimale est seule requise pour le Sanctus et l’Agnus. La plus grande partie du Credo n’a cependant pas été retrouvée; tout ce qui en survit est la partition pour quatre voix de la dernière partie. Dans cet enregistrement les trois mouvements originaux complets sont encadrés par les plains-chants du jour de la troisième messe de Noël, ce qui nous permet d’entendre l’introït Puer natus avant de le rencontrer dans le cantus firmus de la polyphonie. Le fait que la texture à sept voix et la composition inhabituelle de la messe Puer natus se retrouvent dans le motet Suscipe quaeso a conduit certains à suggérer que les deux oeuvres sont liées d’une certaine manière, bien qu’elles ne présentent aucune autre similarité évidente. Comme Jeremy Noble et Paul Doe l’ont suggéré, le motif insistant de pénitence qui caractérise le texte et l’aspect sombre de la texture vocale répondent peut-être aux exigences de la cérémonie à l’occasion de laquelle le cardinal Pole donna à l’Angleterre l’absolution pour le schisme en novembre 1554. Plusieurs éléments de la composition, comme par exemple la montée dramatique de la sixte mineure sur le ‘quaeso’ de la phrase initiale, l’homophonie soutenue sur chaque itération de ‘peccavi’, et la répétition des questions rhétoriques ‘Quis sustineat’ et ‘Qui se dicere audeat’, semblent suggérer de la part de Tallis un engagement très intime avec son texte. Beati immaculati est la mise en musique des six premiers versets du psaume 118 (le psaume 119 du psautier anglican). Bien qu’il n’ait survécu que dans la version anglaise du texte Blessed are those that be undefiled (Bénis soient ceux qui sont exempts de souillure), certains faits suggèrent qu’il s’agit là d’un contrafactum ou adaptation d’une mise en musique du texte latin: les mots anglais ne s’accordent quelquefois à la musique que de manière imparfaite; la composition pour cinq voix différentes et l’inclusion de versets longs destinés à être interprétés par un nombre réduit de voix, sont plus typiques de la musique d’avant la Réforme que de celle qui a suivi la Réforme; Tallis a composé au moins deux autres motets de psaumes (Domine quis habitat et Laudate Dominum); et il existe une mise en musique du texte latin des huit premiers versets de ce même psaume par William Mundy. Dans cet enregistrement, le texte anglais a été remplacé par le texte latin de la Vulgate; il s’accorde de manière remarquable à la musique et ne requiert que de légères altérations pour épouser les rythmes de Tallis. Les opinions diffèrent quant à la date de composition de l’antienne votive gigantesque
Gaude gloriosa Dei mater, mais il s’agit sans doute de la dernière oeuvre de Tallis dans cette forme, et il y distille toute son expérience antérieure. Il conserve la structure en versets tutti caractéristique de l’antienne qui était populaire avant la réforme et va jusqu’à composer un double chant jumelé exubérant qui n’est pas sans évoquer Taverner dans la division des altos et des sopranos, mais maintenant ce sont les tutti qui constituent le support principal de la structure. Certains experts ont considéré que le
Gaude gloriosa datait du règne d’Henri, tandis que d’autres en situent la composition sous le règne de Marie. S’il date de la période henricienne, il a dû être composé assez tard, vers la fin du règne, car il manifeste un progrès marqué par rapport au
Salve intemerata dans son traitement de l’imitation (les idées musicales y sont plus riches en caractère, plus variées, et le traitement imitatif y est plus systématique), de la texture (les six voix sont développées de manière plus équilibrée) et de la conception (les proportions y sont mieux calculées et le contrôle du tempo manifeste une maîtrise consommée qui s’impose sans perte de dynamisme dans les tutti de la fin). Il est cependant assez difficile d’imaginer qu’un morceau si triomphant et si typique du règne de Marie ait pu être chanté dans la chapelle du roi; il est possible qu’il y ait eu des institutions dans lesquelles une musique de ce genre était encore appréciée vers le milieu des années 1540, mais il est peu probable que la maison royale ait compté parmi elles. Il est concevable que l’oeuvre ait été composée à Cantorbéry, mais il est peu probable qu’aucun des choeurs avec lesquels Tallis a été précédemment associé ait disposé de l’expertise nécessaire à l’interprétation d’une oeuvre si difficile. La maturité manifeste de
Gaude gloriosa et sa similarité avec les antiennes à six voix composées par William Mundy tels que le
Vox patris caelestis, qui a dû être composé après 1553, indiquent plutôt qu’on doit le dater du règne de Marie, une époque à laquelle le texte—une supplique à la vierge en neuf parties l’exhortant à se réjouir des multiples bénédictions divines qui lui sont accordées—était également apte à servir à la fois d’acte de dévotion envers la reine des cieux et de compliment destiné à la reine d’Angleterre. Nick Sandon, le 12 octobre 1997. [1] Beati immaculati Beati immaculati in via qui ambulant in lege Domini. Bénis sont ceux qui sont exempts de souillure en chemin: et qui marchent dans la voie tracée par le Seigneur. [2] Introit Puer natus est nobis et filius datus est nobis: cuius imperium super humerum eius: et vocabitur nomen eius magni consilii angelus. Ps. Cantate Domino canticum novum: quia mirabilia fecit. Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto: sicut erat in principio et nunc et semper: et in secula seculorum. Amen. Un garçon nous est né et un fils nous est donné à nous: dont le gouvernement pèsera sur ses épaules: et le nom qui lui sera donné est le messager du grand conseil. Ps. Chante pour le Seigneur une nouvelle chanson, car il a fait des choses merveilleuses. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. Tel qu’il fut au commencement, il est aujourd’hui et il sera dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il [3] Kyrie: Deus creator Deus creator omnium tu theos ymon nostri pie eleyson. O Dieu, créateur de toutes choses, toi, notre Dieu miséricordieux, aie pitié de
nous. [4] Mass: Puer natus est nobis - Gloria Gloria in excelsis deo. Et in terra pax hominibus bone voluntatis. Laudamus te. Benedicimus te. Adoramus te. Glorificamus te. Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam. Domine Deus, rex celestis, Deus Pater omnipotens. Domine fili unigenite, Jesu Christi. Domine Deus, agnus Dei, Filius Patris. Qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram. Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis. Quoniam tu solus sanctus. Tu solus Dominus. Tu solus altissimus, Jesu Christe. Cum Sancto Spiritu in gloria Dei Patris. Amen. Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons, nous te glorifions, nous te remercions pour ta grande gloire, O Seigneur Dieu, roi des cieux, Dieu le Père Tout Puissant. O Seigneur, qui es le fils unique Jésus Christ; O Seigneur Dieu, agneau de Dieu, fils du Père, qui enlèves les péchés du monde, aie pitié de nous. Toi qui enlèves les péchés du monde, reçois notre prière. Toi qui es assis à la droite de Dieu le Père, aie pitié de nous. Car toi seul es saint, toi seul es le Seigneur, toi seul, O Christ, avec le Saint Esprit, tu es au plus haut dans la gloire de Dieu le Père. Ainsi soit-il. [5] Gradual Viderunt omnes fines terre salutare Dei nostri: iubilate deo omnis terra. V. Notum fecit dominus salutare suum: ante conspectum gentium revelavit iustitiam suam. Ils ont vu tous les confins de la terre saluer notre Dieu: que tous les pays de la terre se réjouissent dans notre Dieu. V. Le Seigneur nous a annoncé son salut: il a révélé sa clémence à la face de tous les peuples. [6] Alleluia Alleluia. V. Dies sanctificatus illuxit nobis: venite gentes, et adorate Dominum: quia hodie descendit lux magna super terram. Alleluia. V. Ce jour le plus saint nous a apporté la lumière: que tous les peuples viennent adorer le Seigneur: car aujourd’hui une grande lumière est descendue sur la terre. [7] Sequence Celeste organum hodie sonuit terra. Aujourd’hui l’instrument céleste a résonné sur la terre. [8] Sanctus Sanctus, sanctus, sanctus Dominus Deus sabaoth. Pleni sunt celi et terra gloria tua. Osanna in excelsis. Saint, saint, saint Seigneur Dieu des armées. Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. Hosanna au plus haut des cieux. [9] Benedictus Benedictus qui venit in nomine domini. Osanna in excelsis. Béni celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux. [10] Agnus Dei Agnus Dei, qui tollis peccata mundi: miserere nobis. Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde: aie pitié de nous. [11] Communion Viderunt omnes fines terre salutare Dei nostri. Ils ont vu tous les confins de la terre saluer notre Dieu. [12] Suscipe quaeso Suscipe quaeso Domine, vocem confitentis. Scelera mea non defendo; peccavi. Deus miserere mei; peccavi, dele culpas meas gratia tua. Si enim iniquitates recordaberis quis sustineat? Quis enim justus qui se dicere audeat sine peccato esse? Nullus est enim mundus in conspectu tuo. Accepte, je t’en supplie, O Seigneur, la voix de celui qui confesse. Mes crimes je ne les défends pas; j’ai péché. O Dieu aie pitié de moi; j’ai péché, enlève mes péchés par ta grâce. Car si tu te souvenais des injustices, qui pourrait le supporter? Car quel est celui dont la rectitude est telle qu’il ose se dire sans péché? Car personne n’est pur sous ton regard. [13] Gaude gloriosa Gaude gloriosa dei mater virgo Maria vere honorificanda, quae a domino in gloria super caelos exaltata adepta es thronum. Réjouis-toi, glorieuse mère de dieu, vierge Marie justement honorée, qui es exaltée par Dieu dans la gloire
au-delà des cieux pour atteindre à ton trône. |
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